Association "Balzac, le fantastique et la vallée du Viaur"

Mois : août 2021

Découvrir Balzac… par les chemins buissonniers de Michel Butor

Extrait Michel Butor – Cours à l’Université de Genève – Les récits philosophiques de Balzac – 1979-1980

Le fameux cours sur « les récits philosophiques de Balzac » délivré par Michel Butor est un régal d’intelligence et d’érudition « savoureuse ».

Plus qu’en professeur, c’est en écrivain et romancier que Michel Butor explore et parcourt la « cathédrale inachevée d’histoires et de mots » de Balzac, qu’il rapporte volontiers à Dante.

Comme dans la Divine Comédie, Balzac tente, à travers ses six cercles (vie privée, vie de province, vie parisienne, vie politique, vie militaire, vie de campagne), une représentation pathétique du monde en perdition que son génie prophétique lui permet de saisir et de formuler.

Son projet nous dit Michel Butor, est de donner à voir, par le biais de la fiction, à la fois le drame d’un monde qui sombre, mais aussi les perspectives salvatrices, morales et métaphysiques, qui pourraient ouvrir une nouvelle Renaissance.

Laissant libre court à l’inspiration, aux disgressions, aux liaisons, aux réverbérations littéraires et poétiques, la cinquantaine d’heures (!) du cours de Michel Butor décrypte avec une tranquille jubilation, une maîtrise exceptionnelle du sujet et une sorte de candeur poétique toute une série d’oeuvres : de Jésus-Christ en Flandre à Louis Lambert, de Verdugo à L’Elixir de longue vie, de La Peau de Chagrin à Melmoth réconcilié…

Nous plongeons avec lui dans l’archéologie de l’œuvre, dans « l’atelier mental » du génie et découvrons les filons symboliques sédimentés dans les récits du projet balzacien.

Au terme du voyage, nous réalisons à quel point Balzac est, aujourd’hui plus qu’hier, notre contemporain !

Une partie (un tiers !) de ces enregistrements fait la matière des trois volumes des « Improvisations sur Balzac ».
Michel Butor, Improvisations sur Balzac. I, Le Marchand et le génie; II, Paris à vol d’archange; III, Scènes de la vie féminine. Editions de la Différence, 1998.




La biographie de référence de Bernard François BALSSA, par Jean Louis Déga.

Nous avons eu le plaisir de faire connaissance il y a quelques mois de Jean-Louis Déga, biographe et arrière-petit neveu de Bernard-François Balssa ! Résidant non loin de Toulouse, il nous a accompagné à Montirat, pour échanger avec le petit groupe de travail sur le projet de festival Balzac.

Ce fut pour nous l’occasion d’échanger pendant le déplacement Toulouse-Montirat sur le long travail de collecte de données, d’étude d’archives, de recomposition minutieuse d’un puzzle biographique, le tout magistralement rassemblées dans un volume bien construit en 55 chapitres et 660 pages. Ce livre à la fois érudit mais accessible, dégage un portrait saisissant de Bernard-François Balssa, tout en faisant le lien entre la génération des Balssa et Honoré de Balzac.

Un des éléments frappants de cette biographie est la densité du personnage principal : le père de Balzac. Son itinéraire est impressionnant !

On apprend que Bernard François Balssa est issu d’une famille de paysans du Ségala… dont il est l’ainé des onze enfants ! En 1766, une jeune fille l’assigne en justice sous l’accusation de viol. Incarcéré à Lagarde-Viaur, il ne doit la liberté qu’au paiement d’une caution par son père qui, pour cela, doit vendre une terre. Ce scandale décide le jeune Balssa à se rendre à Albi où il devient clerc de notaire puis clerc de procureur, puis à Toulouse, puis à Paris, où il est secrétaire auprès de Bertrand de Molleville, conseiller au Parlement !

En 1795, il s’installe à Tours comme directeur des vivres et des subsistances, se mue en notable, fonde une famille (le jeune Honoré naît en 1779). Adjoint au maire en 1803, administrateur de l’hôpital, il devient franc-maçon (loge de la Parfaite Union) et œuvre dès lors pour l’amour de l’Humanité…

Nous n’irons pas plus loin dans l’évocation du personnage – nous y reviendrons – mais nous n’omettrons pas qu’il se constitua une impressionnante bibliothèque – achalandé de toutes les curiosités scientifiques et « spiritualistes » de son temps – dont on ne peut douter qu’elle fit le bonheur du jeune Honoré !

Un cosmos romanesque en expansion !

« J’aurai porté une société toute entière dans ma tête».
Balzac, lettres à Mm Hanska

Balzac était si intensément vivant qu’il transfusa son surcroît d’être dans une impressionnante galerie de personnages. Ces derniers débordent de ses livres, se ré-engendrent dans les alcôves de papier et se projettent dans nos esprits de lecteur avec une vitalité que ni le temps, ni les modes ne semblent pour voir entamer !

Les rêves d’immortalité et de longévité qui obsédaient son père Bernard-François Balssa, ardent praticien des préceptes diététiques de Luigi Cornaro (1467 ou 1464, Venise – 8 mai 1566, Padoue), et dont la bibliothèque comprenait sur ce sujet tout ce qui pouvait se trouver en son temps, son fils Honoré les a réalisé au-delà de toute espérance ! Mais par d’autres moyens que son père : par la puissance de la volonté, par le travail acharné, le génie et la littérature !

Comme il a été dit par de nombreux commentateurs, la puissance narrative de Balzac a quelque chose du démiurge créateur. Il crée des personnages qui, subrepticement, ne sont contentent plus d’être de simples prétextes où des figures types mobilisés pour illustrer la morale d’une fable romanesque.

A mesure que la trame des destins et des caractères de la Comédie Humaine se fait jour, Balzac infuse « une existence » à ces personnages, lesquels désormais vont perdurer de livres en livres et traverser pathétiquement, et dans le même désarroi de fatalité que chacun de nous, un cosmos romanesque en expansion.

Chaque fois que nous le lisons, et que nous en faisons revivre les épisodes et les personnages, nous contribuons activement à la dilatation cosmographique de l’univers balzacien. En épousant le rythme du souffle narratif, la cadence des images, les jeux terribles de l’innocence, de l’arbitraire et de la volonté, c’est la présence transsubstantiée de Balzac que nous nous incorporons.

Par cette co-présence dans l’intériorité de son lecteur, Balzac s’est peut-être offert une immortalité moins incertaine que celle des religions : celle de la littérature !

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