« J’aurai porté une société toute entière dans ma tête».
Balzac, lettres à Mm Hanska

Balzac était si intensément vivant qu’il transfusa son surcroît d’être dans une impressionnante galerie de personnages. Ces derniers débordent de ses livres, se ré-engendrent dans les alcôves de papier et se projettent dans nos esprits de lecteur avec une vitalité que ni le temps, ni les modes ne semblent pour voir entamer !

Les rêves d’immortalité et de longévité qui obsédaient son père Bernard-François Balssa, ardent praticien des préceptes diététiques de Luigi Cornaro (1467 ou 1464, Venise – 8 mai 1566, Padoue), et dont la bibliothèque comprenait sur ce sujet tout ce qui pouvait se trouver en son temps, son fils Honoré les a réalisé au-delà de toute espérance ! Mais par d’autres moyens que son père : par la puissance de la volonté, par le travail acharné, le génie et la littérature !

Comme il a été dit par de nombreux commentateurs, la puissance narrative de Balzac a quelque chose du démiurge créateur. Il crée des personnages qui, subrepticement, ne sont contentent plus d’être de simples prétextes où des figures types mobilisés pour illustrer la morale d’une fable romanesque.

A mesure que la trame des destins et des caractères de la Comédie Humaine se fait jour, Balzac infuse « une existence » à ces personnages, lesquels désormais vont perdurer de livres en livres et traverser pathétiquement, et dans le même désarroi de fatalité que chacun de nous, un cosmos romanesque en expansion.

Chaque fois que nous le lisons, et que nous en faisons revivre les épisodes et les personnages, nous contribuons activement à la dilatation cosmographique de l’univers balzacien. En épousant le rythme du souffle narratif, la cadence des images, les jeux terribles de l’innocence, de l’arbitraire et de la volonté, c’est la présence transsubstantiée de Balzac que nous nous incorporons.

Par cette co-présence dans l’intériorité de son lecteur, Balzac s’est peut-être offert une immortalité moins incertaine que celle des religions : celle de la littérature !